Sudan, disparition du dernier Rhino blanc du nord de l’Afrique

Ultime instant du Sudan, par Ami Vitale du National Géographic, qui nous dit: « C’est avec le cœur lourd que je partage cette photo et que j’espère que l’héritage de Sudan éveillera nos consciences pour protéger cette magnifique et fragile planète » .

Au moment où je l’ai vue, cette photo m’a profondément touchée. D’abord par le sentiment de communion profonde entre l’homme et l’animal qu’elle dégage – au passage, noter l’oxymore un homme noir et un rhinocéros blanc ; tous deux africains, tous enfants d’une même terre ; une fraternité qui ne s’embarrasse pas des barrières de couleur, de race ou d’espèce…. Puis, en lisant plus avant, j’ai compris qu’il s’agissait de Sudan, dernier représentant d’une espèce désormais éteinte, qui était gardé nuits et jours par des hommes armés pour empêcher la convoitise de “se faire” sa corne. Il est mort à 44 ans, de vieillesse et de maladie certes, mais sans laisser de descendance. C’est fini ! Même si on tentera certainement de récréer par les artifices de la science et des éprouvettes ce qui avait mis des millions d’années à être forgé par la nature, c’est fini ! Une espèce s’éteint sous nos yeux. Et combien d’autres encore ? Le magnifique coup de gueule de Nicolas Hulot à l’assemblée nationale sur la disparition de la biodiversité témoigne de notre impuissance à panser les blessures que nous avons nous-mêmes générées et nous appelle à un sursaut de dignité.
En ce temps pascal, à l’approche du vendredi Saint, je sens monter en mon cœur une étrange corrélation entre ce que l’on nomme pudiquement « l’érosion » de la biodiversité et la mort du Christ sur la croix. En rayant des animaux qui sont autant de paroles d’amour de Dieu de la carte du vivant, on coupe pour ainsi dire la langue à Dieu. En détruisant la Création – les autres espèces (ainsi que nous-mêmes), nous portons atteinte au Créateur. En ne reconnaissant pas la Vie qui nous est offerte chaque jour nous la sacrifions. En ne reconnaissant pas le Christ et le Royaume, nous le conduisons à la crucifixion. Sauvegarder la Création, c’est en quelque sorte dire Oui au Christ et à la Vie. En tant que Chrétiens, c’est un impératif ontologique !